vendredi 16 mai 2008

Postville, le microcosme de l'Occident

Aux États-Unis, la petite localité de Postville (Iowa) est devenue emblématique des tensions raciales affligeant les sociétés multiculturelles. Peuplée majoritairement de descendants d'Allemands et de Norvégiens, Postville demeurait jusqu'à ces dernières années une jolie petite ville typique du Mid-West américain. Cette situation changea lorsqu'en 1987, un groupe de Juifs hassidiques s'installa dans la ville afin d'y bâtir le plus gros abattoir casher au monde.

Malgré les messages de bienvenue des habitants et les fêtes organisées par la municipalité en leur honneur, les hassidiques refusèrent de se mêler aux locaux. Ils s'installèrent dans leurs propres quartiers avec leur nombreuse progéniture, créerent leurs propres écoles afin de pouvoir pratiquer la séparation des sexes et ne participèrent à aucune activité extra-communautaire. Dans la rue, le sympathique "hello" des habitants ne recevait en retour que des visages fermés et méprisants. Chaque hiver, durant huit nuits consécutives, leurs pick-ups sur lesquels étaient attachés d'immenses candélabres déversaient d'assourdissants morceaux de musique hassidique, sans aucun égard pour les autres communautés.

D'après la journaliste Sharon Drahn et rédactrice en chef de l'hebdomadaire local:
« La seule chose que nous connaissions des Juifs c'est le journal d'Anne Frank que l'on nous faisait lire à l'école, mais franchement, quel est le problème avec ces gens ? Nous sommes propres vous savez! Oui un changement s'est produit et pas de la façon dont nous l'envisagions. »

Déconcertés par une attitude si éloignée de la mentalité américaine, les natifs de Postville n'en tinrent pas rigueur aux hassidiques. L'abattoir fournissait aux hommes de la région un travail dans une période de crise économique, malgré la réticence de certains face aux méthodes d'abattage considérées comme inhumaines (la carotide de l'animal est arrachée à vif avec un crochet et sans anesthésie). Cependant lorsque les dirigeants de l'usine se rendirent compte que leurs profits diminuaient ils décidèrent de remplacer leurs employés américains par des immigrés illégaux venus du Guatemala, des Philippines ou du Mexique. Non seulement les Postvillais se retrouvèrent du jour au lendemain sans emploi mais les familles des clandestins essaimèrent si bien que ces derniers constituent à présent 17% de la population de la ville.

Stephen Bloom, qui a écrit un ouvrage plutôt pro-natifs sur la « guerre des cultures » entre les différentes populations de la région énonce de façon lapidaire les raisons de cette politique :
« Vous n'avez pas besoin de parler anglais pour travailler dans un abattoir. Les seules choses qu'il vous faut c'est un dos et un estomac solide. Les salaires sont bas. Le travail est dur. Et les Iowains ne veulent pas faire ce genre de boulot. »

Il n'y a pas de McDonald à Postville mais on y trouve désormais des restaurants latinos, russes et...casher bien entendu. D'après le conseiller municipal Bob Schroeder Postville est devenue « un magnifique papillon sorti de sa chrysalide! »

Pour en savoir plus:

http://www.amazon.com/Postville-Clash-Cultures-Heartland-America/dp/0156013363

http://ngm.nationalgeographic.com/ngm/0506/feature7/index.html

http://en.wikipedia.org/wiki/Postville

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