samedi 1 août 2009

"Certifier le réel"

Il est facile pour un blogueur de perdre pied, de déformer (in)volontairement les faits dont il prend connaissance. En effet, le blogueur, comme ses semblables de l'ère infrahumaine, ne perçoit souvent l'information qu'à travers le miroir déformant des "opérateurs distants", les médias aux ordres. Il est donc tenté de corriger le tir en surinterprétant à droite une information qu'il pense venir de la gauche extrême. C'est le travers que je m'étais reproché lors de l'affaire "Un Prophète" en plein Festival de Cannes. Pour résumer brièvement, ce film de Jacques Audiard traite d'un jeune condamné maghrébin parvenant à se tailler un empire dans un enfer carcéral dominé par les nationalistes corses. Au delà de la saine colère des insulaires face à une stigmatisation tout-doit émanée des élites intellectuelles parisiennes, il était possible que le choix des bourreaux (Corses) et du héros (Maghrébin) eût été motivé par des facteurs externes. Que ce soit un effet de mode ou par les espèces sonnantes et trébuchantes de Studio Canal visant à promouvoir une "diversité positive". Bref, qu'il ne fallait peut-être pas traiter d'immonde gauchiste un réalisateur qui ne faisait que surfer sur l'air du temps.

Las! Une entrevue de Jacques Audiard dans le Monde confirme bien au contraire toutes les conclusions que le visionnement de ses films laissait supposer, et que le terme d'"immonde gauchiste" était un euphémisme:

"Ça [le cinéma] sert d'abord à certifier le réel, à filmer comme on fait de l'ethnographie. C'est un système de validation qui produit des documentaires et des actualités sur le monde."


Comment dénicher un extrait plus révélateur que celui là ? Tout d'abord la sacro-sainte obsession du réel, partagée par tous les sociologues de gauche et d'extrême droite et par les chargés d'études en marxisme appliqué. Cette obsession se double d'une incompréhension totale de ce même réel, puisque le monde n'est pas perçu dans sa réalité crue, mais à travers un voile idéologique, une conception sortie ex nihilo du cerveau d'individus totalement coupés de leurs semblables. Les auteurs d'émeutes urbaines devenant des "jeunes en insécurité linguistique", les envahisseurs tribaux des "migrants sans-papiers" et les résistants à la destruction de leur culture des "fascistes". Nos gauchistes ne veulent justement pas voir le réel, refusent de l'affronter dans sa cruauté et sa laideur, c'est pour cela qu'ils se fabriquent un glacis idéologique pour filtrer l'information et l'interpréter sans subir de dissonance cognitive. Le gauchiste, ébloui par la lumière du soleil, décide de porter des verres fumés, voire des verres d'aveugle. Et de traiter de fascistes ou de nazis ceux qui perçoivent encore la lumière de ce même soleil.

L'autre déclaration d'Audiard, noyée au milieu d'un verbiage sans intérêt, est si révélatrice de la mentalité de cette génération soixantehuitarde que votre serviteur pourrait facilement sombrer dans l'autosatisfaction:

"Question: Votre héros est un jeune délinquant d'origine maghrébine qui parvient à triompher de la violence et de la barbarie par une stratégie de survie consommée. C'est une magnifique exaltation de l'individualisme et de l'intelligence contre l'assujettissement, qu'il soit communautariste, nationaliste ou maffieux. Mais en même temps, ça ne laisse pas beaucoup d'espoir dans le recours à une croyance collective...

Réponse: Oui, c'est sans doute le côté fataliste du film. Mais ce qu'il faut voir aussi, c'est la sympathie qu'on éprouve pour le personnage, et moi le premier à l'égard de l'acteur qui l'incarne, en qui je peux me reconnaître, Tahar Rahim. Le fait qu'il travaille "pour sa gueule" ne l'empêche pas d'être un personnage moral. C'est quelqu'un qui a pris en horreur le goût du sang. Il donne de tels gages d'appétit de savoir et de comprendre que son destin me semble porteur d'espoir."


Magnifique! Audiard illustre à merveille le désarroi et la veulerie de sa cohorte, qui a grandi dans une France prospère et européenne, a sabordé entièrement sa civilisation par minauderie (la réclamation des fameux "dortoirs mixtes"), et se retrouve dans ses vieux jours entourée de Divers dont elle décide de faire ses héritiers, au détriment de ses enfants biologiques. Quel bel espoir en effet! D'où la place croissante du jeune homme allogène dans le cinéma hexagonal, véritable dauphin des sexagénaires franchouillards décrépis.

La génération féminisée de 68 rend si vite les armes qu'elle décide d'offrir ses filles en cadeau aux "jeunes" afin d'apaiser leur colère et les métisser entre ses cuisses. C'est d'ailleurs devenu l'unique obsession du cinéma français contemporain: à quel moment l'Allogène, symbole de la nouvelle France musulmane virile parviendra à sauter la Blanche, symbole de la vieille France chrétienne féminisée. D'Après l'Océan à la Première Etoile, en passant par Neuilly sa Mère, tout tourne autour du popotin de la Blanche, et de la meilleure façon d'en faire le siège. "Certifier le réel" en somme.

Capture du film Après l'Océan réalisé par Eliane de la Tour

Le saviez vous ?

-Jacques Audiard se destinait initialement à l'enseignement ?

-Eliane de la Tour est anthropologue, spécialiste de l'Afrique occidentale ?

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